A fleur de mots

#personnes accueillies , #verbatim
personne handicapée et accompagnant faisant des bulles dans une fête foraine

 Anne Chabert d'Hières interroge avec des personnes en situation de handicap vivant à L'Arche. Ils nous parlent de leur vie, de leurs projets, de leurs amis, de leur handicap...


Annie : J’en ai… j’sais pas combien d’amis ! J’en ai une canada, j’en ai… un peu partout des amis hein, ça c’est clair !

Mickaël : Des amis… J’aime bien les amis. Y’en a plein des amis, plein. J’en connais des amis, j’en connais bien.

 

Est-ce que tu as des amis Mireille ?

Mireille : Beaucoup même ! De partout ! A Paris, à Lyon… partout !


Comment tu te fais des amis ?

Mireille : J’ai pas peur. J’ai pas peur.

Jean-Claude : Ouvert. Porte ouverte ! Pas timide, ouvert. Moi avant timide, maintenant : pourquoi timide ? Pourquoi timide ? Moi ouvert, parce que… pourquoi ? Pour rencontrer amis.

Bernard : Pour nous c’est important nous. C’est important qu’on garde les liens d’amitié. C’est vrai que ça… L’amitié pour moi c’est quelque chose de profond. C’est profond l’amitié. SI j’aurais pas d’amis c’est… Bon ça m’arrive que je parle à mon frère Michel, ça m’arrive que je parle à ma cousine, Ca m’arrive que je parle à… Mais de temps en temps quand on est grands maintenant faut laisser un peu la famille sur le côté, il faut dire « t’as les amis, boum !, essayer de comprendre ce qui se passe aujourd’hui »

 

AC : La vie adulte c’est de se faire son propre réseau d’amis… ?

Bernard : « Son propre projet. Moi j’ai un projet, perso.  Projet perso c’est-à-dire projet personnel. Si j’ai un projet personnel, avec une amie, ou bien avec un ami, ça me concerne, ça ne regarde que ma personne.

Jean-Jacques : Dans mon pays ils me connaissent. Y’a des filles et puis des garçons, même des enfants, tout le monde… ils me connaissent. Même des copains , des copines, j’ai beaucoup de copains ils m’aiment beaucoup. Et… parce que… je suis aimé là-bas, dans mon pays où j’habite. Quand ils me voient ils me disent « bonjour », tout le monde. J’adore les vieux aussi, les femmes âgées j’adore aussi.

Anne-Aurore : Je suis contente d’être handicapée. Pardon… J’essaie de vivre avec mon handicap, c’est pas facile.

 

AC : Tu peux nous expliquer un peu les difficultés que cela suppose ?

Anne-Aurore : D’être différent, c’est difficile.

Florence : Moi j’ai une collègue qui dit euh… « Pour ne pas faire croire que je travaille dans un CAT (ESAT), je dis que je suis attachée de presse. » Elle a trouvé une excuse.

 

AC :Et toi tu dois trouver des excuses aussi ?

Florence : Non. Parce que… Parce que je me dis que… de toute façon tout le monde a un handicap et puis voilà.

Bernard : Le mot « handicapé » pour moi c’est triste. J’écrirais un livre, j’écrirais « homme et femme blessé par la vie courante ».

 

AC : Tu ne dirais pas « handicap » ?

Bernard : Non, non, non. Parce que je trouve que le mot « handicap », et « handicapé », ça blesse. Ça fait mal. Ca blesse la personne. Ca blesse. Quelque part ça blesse.

Annie : J’aime pas entendre ça. Ils se fichent… On se fiche des gens.  On se fiche de nous ? quand on dit ça. Y’ a une façon de… on nous respecte pas, pour ça. C’est une façon de… euh… comment je pourrais dire.. ?

Jean-Jacques : Les gens qui ont un handicap, que ce soit un handicap moteur ou handicap norm… euh… handicap … autrement, ne pas vraiment les rejeter. Il faut prendre la pers comme elle est.  C’est pas parce que nous on a un handicap il faut qu’on nous mette à l’écart. C’est pas ça qu’il faut faire. C’est vraiment prendre la personne, aimer la personne comme elle est.

 

Jean-Jacques : Bah acheter une maison pour moi. Une belle maison et puis, trouver une petite copine. Et prendre ma femme, ma copine avec moi.

Denis : Je prendrais une petite maison… Quoi, d’abord les vacances, les voyages, et si j’en ai assez une petite maison. C’est notre rêve en fait avec Claude. D’avoir une petite maison avec un jardin.

Xavier : Je pense que, quand on a un handicap euh… bah… C’est une ch…  C’est pas une chance quand même parce que des fois on souffre, mais on serait peut-être pas celui qu’on est, si on n’avait pas ce handicap. Oui ça peut être une chance aussi, malgré qu’on souffre ça peut être une chance, parce qu’on voit des choses que les autres voient pas. Ouais ça peut être une chance.

 

AC : Kamel, est-ce que tu as des projets ?

Kamel : Peut-être un jour je vais vivre à l’extérieur. Je vais devenir externe, un jour... C’est-à-dire travailler au CAT la journée, avoir un petit chez moi. Faire ma vie. Voilà.

AC : Comment ça serait ton « chez toi » ?

Kamel : Bien. Je serai, je ferai des courses, j’achèterai à manger. Je travaillerais au CAT la journée

AC : Tu as pas peur de la solitude ?

Kamel : Non ça va.

AC : Quelquefois, tu es tout seul déjà ?

Kamel : Non, au foyer je suis pas seul, je vis avec des personnes, au foyer.

AC : C’est difficile de vivre avec des personnes ?

Kamel : Des fois oui. Des fois quand on gueule, on n’est pas d’accord…

AC : Du coup comment ça se passe ?

Kamel : Ben… on essaie de se parler.

AC : Et quand on se parle ça aide ?

Kamel : Oui.

 

AC : J’ai plus d’idée de questions… Pourtant c’est drôlement intéressant de t’écouter…

Annie : Bah c’est pas trop grave. Mais, je suis contente de vous connaître.

AC :  je suis contente de t’avoir rencontrée, ça c’est sûr.

Annie : Mais j’ai un peu… Bah j’avais un peu les boules pour causer… Causer comme ça je me dis… causer comme ça ça me… J’ai jamais causé comme ça là… j’vais un peu peur !