Service Civique : une année pour oser

Service civique : une année pour oser

#volontaires , #témoignages

Par Raphaëlle Bernad, 24 ans, ancienne volontaire en service civique à L’Arche à Nancy 

À la fin de son volontariat à L’Arche, Raphaëlle revient sur cette année « des premières fois. »

Sophie, Laura et Raphaëlle en vacances en Bretagne

 

Comment es-tu arrivée à L’Arche ?
Après mes études en Lorraine, je me posais des questions sur le sens que je voulais donner à ma vie, à la fois sur les plans professionnel et spirituel, et j’avais besoin de faire une pause pour prendre le temps d’y réfléchir. J’ai décidé de faire un service civique. Je suis tombée sur L’Arche…

 

Tu connaissais des personnes ayant un handicap avant de venir à L’Arche ?

Je n’avais pas vraiment d’expérience avec des personnes ayant un handicap mental ; juste une jeune femme, Diana, que j’avais rencontrée lors d’un pélé étudiants en 2013. On avait continué à s’écrire. Mais ce n’est que cette année, en 2017, après quelques mois passés à L’Arche, qu’on s’est téléphoné et même revues pour la première fois depuis quatre ans !

 

Comment te sentais-tu à ton arrivée ?

J’appréhendais un peu : mes réactions, les leurs ? À mon grand étonnement, ça s’est très bien passé ; je me suis sentie tout de suite bien. Il a même été plus simple d’entrer en relation avec les personnes accueillies qu’avec les assistants.

 

Tu parles de L’Arche comme « l’année de toutes tes premières fois... », peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Depuis que j’ai quitté le cocon familial il y a cinq ans, j’ai l’habitude de me préparer à manger... mais je n’avais jamais cuisiné pour douze personnes ! (...)
Pas très douée de mes mains, je suis devenue bricoleuse : pour la première fois de ma vie, je me suis servi d’un marteau et d’un clou pour accrocher un tableau au mur !
Moi qui ne me maquille jamais, j’ai été amenée à mettre du vernis à ongles à quelqu’un d’autre que moi ! Coiffer, shampouiner, couper les ongles, mettre de la crème solaire : L’Arche a été pour moi l’occasion de prendre soin de l’autre.

 

Qu’as-tu appris de toi et des autres au cours de cette année ?

L’autre est mon reflet dans le miroir. La relation à l’autre me renvoie à moi-même. Les premiers mois de vie communautaire, j’ai été mise face à mes propres limites. Ce que je m’étais caché à moi-même, ce que j’avais enfoui bien au fond de moi – ces blessures du passé liées à mes fragilités et mes manques – a ressurgi, comme une claque en pleine figure. Et ça fait mal. En communauté, on ne porte pas de masque, on est mis à nu. ça peut faire peur au début puis ça devient rassurant. On peut enfin être soi-même. On crée des relations authentiques. Car, bonne nouvelle : si la communauté révèle mes faiblesses, elle m’aide aussi à les accepter, à les retourner pour en faire une force ! Parce qu’on m’a fait confiance, j’ai aussi appris à me faire confiance, à lâcher prise et à développer ma créativité, à me responsabiliser, à prendre des initiatives. Et à parler en public ! Je me suis découvert des talents insoupçonnés !

« Quand je viens rendre visite à mes amis de L’Arche, (…)

je me sens légère, je presse le pas, je vole presque. » Raphaëlle

Qu’est-ce qui a changé en toi pendant cette année ?

Je ne me suis jamais trouvée bien sur les photos, pourtant, il y a quelques photos prises à L’Arche où je suis... rayonnante. Rayonnante de joie. D’une joie profonde. Chaque fois que je rentrais d’un week-end sortie ou de vacances, et encore aujourd’hui quand je viens rendre visite à mes amis de L’Arche, sur le chemin entre la gare et le foyer, je me sens légère, je presse le pas, je vole presque, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles... Une fois où j’avais pris quelques jours de congés, à mon retour, j’ai été acclamée comme l’enfant prodigue ! C’est cette joie dont j’ai envie de continuer de rayonner, de témoigner autour de moi même après mon départ de L’Arche.

 

Qu’est-ce que les personnes qui ont un handicap t’ont apporté particulièrement ?

L’Arche est un chemin de guérison (parce qu’on est toujours en « m’arche » !). Au contact des personnes en situation de handicap, j’ai compris ce qu’était l’humilité ; celle de reconnaître : « Là, je ne peux pas, je n’y arrive pas tout(e) seul(e), j’ai besoin de toi : tu peux m’aider ? » Moi aussi j’ai mes handicaps, mes fragilités ; j’accompagne mais j’ai aussi besoin d’être accompagnée. On se soutient mutuellement ; cela ne va pas que dans un seul sens. Après plusieurs mois passés à L’Arche, on finit par ne plus voir le handicap, ou plutôt, on regarde la personne avant « la personne handicapée qui a besoin d’être accompagnée. »

 

En quoi L’Arche est-elle un lieu qui permet particulièrement de faire ce chemin ?

À L’Arche, on reconnaît la valeur de chaque personne. Je suis aimée pour ce que je suis, parce que je suis. Ma fragilité est non seulement acceptée, mais elle est aussi considérée comme une source de fécondité. On s’adapte en fonction des capacités de chacun, en valorisant ce que la personne (accueillie ou assistant) sait faire et en évitant de la mettre en échec en exigeant d’elle quelque chose qu’elle ne peut pas faire. Par exemple : je suis lente dans tout ce que j’entreprends, alors on faisait en sorte de ne pas me mettre d’accompagnements les soirs plus speed. On me confiait une autre mission comme donner un coup de main en cuisine, aller à l’arrêt de bus chercher ceux qui revenaient de l’ESAT, aider à l’organisation, imprimer un document, etc.

« Je suis lente dans tout ce que j’entreprends

alors on faisait en sorte de ne pas me mettre

d’accompagnements les soirs plus speed. » Raphaëlle

« Quelle douce faiblesse… ce besoin de tendresse. » En quoi cette chanson chantée par Bourvil rejoint ton expérience ?

Des personnes en situation de handicap, j’ai découvert ce que signifie la tendresse, le sens de l’accueil, l’ouverture aux autres. J’accompagnais souvent Laura chez l’esthéticienne. À chaque fois, on rencontrait de nouvelles têtes : stagiaires, clientes… À chaque fois, Laura demandait : « C’est comment ton prénom ? », et après qu’on lui ait dit, elle répondait invariablement : « C’est beau comme prénom ! »

Une fois, j’avais été un peu malade un soir. Le lendemain matin, tout le monde sans exception m’a demandé : « ça va mieux ? » ça fait tellement plaisir !

J’ai appris à L’Arche à dire ou exprimer par des gestes les mots « tu es précieux et je t’aime. » Les mots doux, les câlins, ça n’a jamais été mon fort. D’autres qui ont ce don se sont chargés de combler mon manque en la matière. Aujourd’hui je me prête volontiers à l’exercice. Déjà durant la première semaine que j’ai passée à L’Arche j’ai compris qu’on me disait : « je t’ai aimé(e) avant de te connaître, parce que tu es toi. »

 

Quels liens gardes-tu avec ta communauté maintenant que tu es partie ?

Je reçois en abondance des marques d’affection : petits messages et dessins reçus lors de mon départ que je garde comme un trésor ; appels des deux maisons pour mon anniversaire... Cette expérience a été riche et inoubliable. Quelque chose me dit que l’histoire n’est pas terminée, qu’elle vient à peine de commencer et que je vais vivre encore de belles aventures avec L’Arche, ma famille d’adoption, car comme le disent en cœur Laura et Jean-Baptiste : « Ici, on est chez soi. » 

 

Un mot pour conclure ?

J’ai quitté L’Arche avec des réponses à mes questions et le désir de revenir très vite revoir mes amis – j’ai envie de dire mes frères et sœurs. Je suis partie plus épanouie et spontanée, libérée, apaisée, confiante et mature, prête à affronter ce qui m’attend. MERCI !